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La vie d'un cool

Mercredi 14 septembre 2005 3 14 /09 /2005 00:00

 

Tu vas à une soirée et voit qu'une salle est pleine de meufs. Tu t'approches d'un micro et dis: Je suis un cool!. Les personnes qui veulent être convaincues, venez me voir.
C'est la pub

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu t'approches d’elle et lui dis: Je suis un cool, on va chez moi!
C'est la vente personnelle
 
 
Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu t'approches d’ elle, demande son numéro de téléphone et dis: Je suis un cool, on va chez moi!
C'est le marketing téléphonique

Tu vas à une soirée et vois des meufs sympas. Tu leur écris des messages en disant qu ‘elles sont cool  !
C'est le mail direct

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu t'approches d’elle et dis: Je suis un cool , on va chez moi!, mais tu dois encore trouver quelques filles pour le reste de la soirée
C'est le marketing de réseau

Tu vas à une soirée ou tout le monde te demande: Est-ce vrai que tu es un cool ? Tu réponds mystérieusement: Pas de commentaires. Pendant ce temps ton pote leur bourre la gueule.
C'est l'écoulement bien planifié de l'information

Tu vas à une soirée et choisis la meilleure place, tout devant le bar. Tu prends une bière, et tu mets un paquet de capotes ouvert sur la table...
C'est le merchandising

Tu sais que des meufs sympas viennent à une soirée. Tu vas sur le podium faire un strip tease 
 

C'est le product placement

Tu vas à une soirée et renverses du sky sur ton costume. Pendant que tu nettoies ta chemise, tous les filles sont partis avec les mecs et la soirée est finie...
C'est l'élimination des concurrents

Un pote vient à une soirée et voit une jolie fille. Il lui propose d'aller chez toi, lui dit que tu es un mec cool, mais qu’elle devra  ramener une copine  
 

C'est l'agent publicitaire

Tu vas à une soirée ou ta copine distribue des flyers où il est écrit: Mon mec est cool !
C'est la distribution de presse

 Tu fais la livraison d’alcool à une soirée. Tu dis a chaque meuf qui prend une bouteille: tu sais, Je suis un cool !
C'est la pub de sponsor

Tu vas à une soirée. Des maisons partout. Tu penses qu'il y a plein de meufs sympas. Tu grimpes sur un toit, situé au centre de la ville et te mets a crier: Je suis cool ! 
 

 

C'est le SPAM


Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu t'approches d’ elle et dis: Je suis un cool!. Apres elle répond: je préfère les filles..  

 C'est le choix incorrect d'un groupe cible.

  

 

 

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Quelque temps après, tu reçois un message ou il est écrit: je veux coucher avec toi. Tu lui dis de ramener une copine…  

C'est la requête à la livraison de la production

 
S'il y a une confirmation qu'elle veut coucher avec toi
C'est la commande à la livraison de la production

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu lui demandes d'aller se promener avec un copain
C'est la représentation commerciale
Ta copine ne lui plait pas, donc il te téléphone et te demande de l'aider
C'est le soutien technique
 
 
Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu lui dis: Je suis un cool , on va chez moi!. Vous partez ensemble. Le matin, elle n'est pas tout a fait ravie
C'est la réclamation

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Tu lui dis: Je suis un cool, on va chez moi!. Vous partez ensemble. Le matin elle te dit que tu as eu raison , que tu es vraiment un cool!. Elle va en parler a ses amies
C'est l'attestation de la production
 

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Elle te dis: Je connais 93 positions du Kamasutra , comme tu es cool , je suis prête à te les montrer.
C'est la livraison immédiate
  

Tu vas à une soirée et vois une meuf sympa. Pour attirer son attention tu appelles un ami qui connaît ce genre de filles. Apres il doit prononcer un verdict: Est-ce qu’elle est cool?
C'est l’audit
 
 

Tu vas à une soirée et vois des meufs sympas. Tu commences a faire de la publicité sur toi-même et consens à faire l'amour à toutes les conditions
C'est la vente
 

Au lieu d'aller toi-même à une soirée, tu y envois tes potes. Tu veux savoir ce qu ‘ils pensent de tes copines. Est-ce qu'elles te trouvent cool?
C'est la certification des spécialistes
 

Tu vas à une soirée avec une copine. Vous déclarez: nous sommes ensemble.
C'est le partenariat stratégique

 

Tu es con et personne n'a envie de te parler. Mais ton père paye pour cette soirée, et tout le monde vient vers toi en te disant que tu es cool !
Ce sont les subventions d'Etat
 
   
Tu es lesbienne mais tu dois aller à des soirées hétérosexuelles
C'est la politique de l'entreprise

 Tu vas à une soirée, ne danses pas, ne ris pas, tu t'en fous. Tu danses à table, tu rotes, jettes des morceaux de pains, et toutes les filles t'admirent.
C'est la position de leader du marché

 

 

 

 

Par Nico2Z - Publié dans : La vie d'un cool
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Jeudi 15 septembre 2005 4 15 /09 /2005 00:00

Cher tous, je pensai être un précurseur en matière d'études sur le cool, je me rends compte que non...

Ci-dessous l'interview d'un philosophe allemand ayant étudié le sujet!

"Y a-t-il une coolitude après la prime jeunesse ? Apparemment oui, et l'écrivain munichois Ulf Poschardt l'a érigée en philosophie. Il faut dire que le sujet le fascine depuis longtemps.

 Ulf Poschardt : Le mot " cool ", qui veut littéralement dire " frais " est associé à un sentiment agréable, à une situation dans laquelle on se sent bien. Et les jeunes utilisent le mot " cool " parce que c'est branché, mais j'étais très tôt fasciné de voir qu'on pouvait s'enthousiasmer pour une architecture fraîche, une musique fraîche, des vidéos fraîche.

 Dans son ouvrage de 500 pages, Ulf Poschardt a retracé avec soin l'historique de la coolitude, de l'Antiquité grecque jusqu'aux temps modernes. On y apprend par exemple qu'à l'origine, le mot " cool " ne désignait pas une attitude existentielle mais qu'il s'agissait d'un slogan du mouvement américain pour le droit des citoyens.

 Ulf Poschardt : " Keep cool " signifiait non seulement garder sa dignité, mais aussi faire preuve de combativité. Par le stoïcisme, par l'apathie, on a commencé à se constituer une carapace pour se protéger et ce n'est qu'après qu'on est devenu offensif. De là, cette citation fameuse : " Keep cool and don't forget, I am in a splendid fighting condition ".

 Cool mais prêt à en découdre. Pour les Noirs américains, c'est une façon comme une autre de conserver leur dignité dans une Amérique résolument raciste. Ce mot d'ordre politique devint rapidement une sorte de label culturel qui allait trouver toute son expression dans le " cool jazz " de Miles Davis ou de Chet Backer.

 La théorie de Poschardt est très imagée : les nouveaux mouvements jaillissent comme des volcans, dont les coulées de laves roulent vers des déviations plus prévisibles.

 Ainsi le déhanchement lascif d'Elvis Presley s'est progressivement transformé, et a finalement débouché sur l'attitude glaciale et figée de Brian Ferry. La pop-music est le thermomètre d'un monde qui va en se refroidissant.

 L'explosion du punk a été froide et agressive. Le new-wave, qui a suivi, canalisait beaucoup plus son énergie. La musique froide devient le symbole d'un mode de vie nouveau à l'âge de l'électronique.  

 

 

 Ulf Poschardt : C'est la raison pour laquelle tant de gens aiment écouter ce genre de musique. Parce que cette musique leur montre que, dans ce monde froid, technique, informatisé et numérisé, il y a moyen de s'en sortir sain et sauf. Il suffit en somme de pactiser avec la menace.

 Très tôt, le groupe Kraftwerk a démontré où ce pacte avec la froideur pouvait mener. L'homme devient machine, alors que paradoxalement, la machine s'humanise.  Ulf Poschardt voit son livre comme une recette. Seul ceux qui sont cool survivront à la froideur du monde moderne.

 Ulf Poschardt : Au moins, tente le coup. Utilise le vent glacial de l'aliénation. Hisse ta voile et navigue jusqu'à ton but. Essaie de réaliser ces choses qui se trouvent dans cette tension entre autodestruction et libération.

 Ulf Poschardt aime réfléchir sur des questions liées au temps. Mais lui-même, est-il cool ?

 Ulf Poschardt : J'ai une idée très simple sur la question. On ne peut pas y penser et l'être en même temps.   

 

 

 Dommage. Ulf a inventé une façon de voir le monde avant de se rendre compte qu'elle ne s'appliquait pas à lui.  Par contre, il a écrit un livre sur la question, ce qui est tout de même assez cool."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Nico2Z - Publié dans : La vie d'un cool
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Lundi 19 septembre 2005 1 19 /09 /2005 00:00

Les petites annonces immobilières, c'est tout un art !

Il faut aussi pouvoir lire entre les lignes....Depuis que je suis devenu un professionnel du milieu, j'ai compris certaines choses...

 

  • adorable: minuscule

     

  • A rafraîchir : travaux de gros-oeuvre à prévoir

     

  • Beaux volumes : tout l'aménagement reste à faire

     

  • Calme, sur cour : sombre

     

  • coin cuisine : un réchaud dans un placard

     

  • quartier animé : bruyant, on ne peut pas s'y garer

     

  • travaux à prévoir : mauvais état

     

  • A saisir ! : on a essayé plus cher, mais invendable

     

  • Prix justifié : hors de prix

     

  • Parking possible : impossible de se garer, prévoir budget location garage

     

  • Idéal pour profession libérale : rez-de-chaussée sans salle de bain, ni cuisine

     

  • Proche grands axes : sur l'autoroute

     

  • Proche écoles : sur la cour de récréation

     

  • Proche transports en commun : arrêt de bus ou tram devant la porte

     

  • Style loft : studio plus cher que la moyenne

     

  • Style loft (variante) : brut de béton, tout reste à y faire.

     

  • A voir : Il y en a déjà beaucoup qui l'ont vu.

     

  • Rare : Personne n'en a voulu.

     

  • A rafraîchir : A refaire.

     

  • A saisir : En vente depuis deux ans, le proprio a beaucoup besoin d'argent, le prix a beaucoup baissé.

     

  • Electricité en l’état : les fils électriques de 1950 sont encore sous la soie… Risque d’incendie permanent.

     

  • Clair : De la lumière mais pas de soleil.

     

  • Double vitrage: Quand tu ouvres les fenêtres pour s’aérer, tu entends l'autoroute et les avions qui décollent.

     

  • Sous les toits: L'hiver tu gèles, l'été tu étouffes.

     

  • Idéal premier achat : C'est pourri mais c'est pas cher et comme c'est votre premier achat, vous ne remarquerez peut-être pas tous les défauts.

     

  • Jardin d’hiver: Trois heures de nettoyage des vitres, chaque fois qu'il pleut.

     

  • Urgent : Grouillez-vous de répondre, on divorce, on est à découvert et on a acheté un autre appartement.

     

  • Idéal artiste: L'architecte était en dépression, c'est tordu, biscornu mais très original.

     

  • Quartier très calme: Aucun bar, aucun restaurant, la seule épicerie est à une demi-heure à pied.

     

  • Jardin Japonais: deux bambous, 4 galets et une petite fontaine.

     

  • Petit balcon plein sud: Assez grand pour mettre un géranium, trop petit pour mettre une chaise.

     

  • Maison d’architecte : jolie à photographier, difficile à habiter.

     

Par Nico2Z - Publié dans : La vie d'un cool
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Mardi 20 septembre 2005 2 20 /09 /2005 00:00

Hello !

 Je suis pas de bonne humeur alors je vais vous le faire savoir !

 Vous savez tous qu’on était censé emménager avec Ber et Olive à Poissy ! Et bien, on emménage plus.

 Cette pouffiasse d’agent immobilier qui ne connaissait même pas la superficie de l’appart et qui essayait de nous embrouiller avec ces putain de vitrages en pvc vient de me dire que l’appart était loué…

 Voilà la conversation :

 

 

 

 

 

 

« Bonjour , Nicolas T…,je vous appelle concernant un appartement que l’on avait visité avec vous et dans lequel nous devions emménager cette semaine. »

 « Oui, j’attends toujours le dossier ! »

 « En fait, il était convenu que nous vous transmettrions les différents papiers au retour de vos vacances ! C’est à dire aujourd’hui ! »

 « Euh, oui effectivement »

 « Par contre, en passant devant votre agence ce week end, on nous a laissé entendre que l’appartement était loué ...»

 « Euh, je ne sais pas, c’est ce qu’on m’a dit aussi. »

 « Ah, c’est ce qu’on vous a dit ? Et vous vouliez attendre 15 jours de plus pour me tenir au courant ? »

 « Le mieux c’est que je vérifie et que je vous rappelle »

 « Vous avez mon n° »

 « Oui, oui, ne vous inquiétez pas ! »

 « Vous êtes sure ! »

 « Euh tout compte fait je vais le reprendre… »

 Je raccroche et j’attends l’appel qui arrive 15 min après.

  «  Allo, monsieur T… » (d’une voix toute douce…)

 « C’est moi. »

 « je ne vous dérange pas ? »

 «  Non, vous avez de bonnes nouvelles j’espère ? »

 « En fait, il est bien loué »

 « C’est impossible, on vous a fait un chèque de réservation »

 « En effet, je ne comprends pas »

 « Vous avez intérêt à comprendre rapidement , parce que ça fait 15 jours qu’on attend votre retour , et qu’on a pensé à tout sauf à un manque de professionnalisme aussi flagrant ! »

 « Oui, je comprends, moi aussi, je suis énervé »

 « Ne me dites pas que vous êtes énervé, moi je suis énervé des personnes comme vous qui se prennent pour des professionnels et qui ne sont bons qu’à faire des sourires pour obtenir des chèques ! »

 « Ne vous énervez pas ! »

 « Vous ne voulez pas que je m’énerve, et bien trouvez moi ce que je vous ai demandé il y a 15 jours et je redeviendrai calme ! »

 « Oui, j’ai un 60 m² pour trois qui est peut-être libre »

 « Il y a quelquechose dont vous êtes sûre ? parce que les  « peut-être » je commence à en avoir marre ! »

 « Le mieux serait que vous passiez à l’agence »

 « C’est ça, que je passe à l’agence… vous inquiétez pas, j’ai un chèque à récupérer, je passerai ! Au revoir !»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Nico2Z - Publié dans : La vie d'un cool
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Mercredi 21 septembre 2005 3 21 /09 /2005 00:00

           

Il était une fois des jeunes qui parlent comme ils vivent, comme ils s’habillent, comme ils galèrent aussi. Ils se sont construit un monde, à l’envers du décor, la tête dans le bitume et les iep qui trempent dans le ciel pour faire des sket-ba toujours plus propres. Ils portent des beeshop, pantalons marée basse qui placent la taille sous les fesses, tee-shirt manches courtes mais à rallonge jusqu’au bout des coudes. S’agit de ne pas être en crime, d’avoir le design… La classe, quoi. C’est comme àç dans le 9 cube, ex-9.3 abandonné aux gens de la haute. Dans le 94 aussi, c’est àç meuk. Partout où les murs de béton ont décoloré l’horizon, du 91 au 20 moins 1 (le 19e arrondissement de Paname), on repeint les mots pour se faire un paysage, une multitude d’images, sans être trop traître avec le réel, sans nier la hass, cette misère du quotidien.


Pour le linguiste Jean-Pierre Goudaillier, professeur à la Sorbonne et auteur de «Comment tu tchatches! » (1), «l’une des réactions au sentiment d’exclusion est la création d’un langage propre». Avec des mots qui pleuvent comme des épices pour donner de la saveur aux mélanges des cultures, offrir un sens à toutes les différences. Sorte d’argot, le langage des quartiers serait donc un registre de langue et non un ovni, «où se rassemblent les dominés pour résister aux dominants. Une langue a toujours eu et comporte toujours ses propres formes de contournement de celle dite académique». Ce petit espace où dire l’interdit, où exprimer erreurs et fautes coupables. Alors voilà, celui qui sort du collège, la zonzon, où il était béton (tombé) parce qu’il avait chourav (voler) la turevoi (véhicule) d’un 3C (costume-cravate-cacahuètes) va rentrer chez lui, retrouver sa 1000fa (famille), où le maton, sa mère, va le coincer un moment. En espérant qu’il recommencera pas – la négation a définitivement perdu sa moitié dans ce langage-là. Ses potos seront contents de le revoir, ils lui demanderont: «Wesh, ma couille! Bien ou bien?» La réponse est dans la question, silence sur les évidences douloureuses, quand ça va mal, la décence veut qu’on se taise.

L’intérêt de ce langage, c’est aussi celui de brouiller les pistes, de cultiver un oral qui reste codé. Si tout le monde sait bien aujourd’hui que les keufs sont aussi des kisdés, des lardus, des schmits, des cops ou de la volaille, c’est que ces mots changent autant qu’ils circulent et sont laissés au langage courant. Vite fait, ça signifie que ce parler, aux fonctions d’abord identitaire et ludique, est aussi cryptique. Sur le fil du langage, les lascars enchaînent les acrobaties métaphoriques: le panier à salade a ainsi cédé sa place à la boîte de six (…Chicken McNuggets, cuisinés par Ronald McDonald’s le bouffon). Il n’y a pas de règle, sauf celle d’innover encore, d’avoir toujours au moins deux pages d’avance sur ceux qui parlent à l’endroit.
Au-delà des codes, les mots sont aussi et surtout des armes de vie, qu’on partage pour se regrouper, pour échapper à la solitude qui rendrait fatale la galère. On s’y invente un monde, où les filles sont des scarlettes (féminin de lascars), des belettes, des schnek, des cisna ou des go, selon les quartiers. Elles sont plus ou moins bombax, tout dépend de la taille des airbags, de la forme du boule aussi. Dans la pagaille métonymique, les charnelles moins avantagées par la nature sont des cartes bleues, des findus (le «plate comme une limande» remastérisé, version surgelés), juste bonnes à faxer. Les garçons, eux, se la pètent un max pour se faire un blaze, un nom, et veillent à pas finir en canard: tout offrir à leur feumeu, histoire de pas s’taper la te-hon… l’ahchouma, quoi. Ils passent leur temps entre soss, associés de l’amitié, et se racontent leurs embrouilles, les ragots du tier-quar. Ils se tapent des barres à larmer de rire, se charrient librement. Ça donne des joutes oratoires, parties de ping-pong verbal entre fromages blancs, graines de couscous, bols de riz et bamboulas. La repartie fuse, dynamique et créative, le jeu peut durer des heures. Et ça casse, jusqu’à coucher l’autre. Un passe-temps, une manière aussi de faire ses armes, de s’aiguiser l’esprit. «C’est par la dérision que se fait la résistance à l’autre monde, explique Jean-Pierre Goudaillier. Plus la pression s’exerce, plus la langue s’invente de l’humour: on rit de soi-même et cela aide à supporter le reste.»


On dirait de la violence partout. En vrai, c’est de la tendresse, débordante, mais engloutie sous des kilomètres de pudeur. Quand ces jeunes aiment, ils ont un cœur si vulnérable que les sentiments, trop forts, inversent le courant, détournent le sens. Le gadjo, s’il est vraiment ganmor (raide-dingue) de sa copine, il clamera: «J’kiffe trop ma karbichounette» (un mix de karba, prostituée, en arabe, et de choune, qui désigne, toujours en arabe, le sexe féminin). Et pour exprimer une émotion, l’expression peut bien saigner, du moment que les mots déchirent. La parole se fait calibre, et comme une détonation au bout. Ce qui est «super» ou «top» dans le monde à l’endroit, ça tue tout dans les cités. Dans certains quartiers, ça devient même de la boucherie, tellement c’est d’la balle. Quelque chose d’enivrant, t’as vu, comme un vertige, un vrai truc de ouf, du délire, c’est nar (…cotique)! On dirait que c’est grossier, tout ça, voire vulgaire, hein? Nacera, ça lui fout le seum (les nerfs, en arabe), la geura, ce «rejet systématique». Elle est professeur de français depuis deux ans, «oui, oui, sur le Coran», elle jure. Sa vie ressemble à un grand écart, elle passe d’un langage à l’autre, comme d’un monde à un autre. «La tchatche des quartiers, c’est ma deuxième culture. Qu’on le veuille ou non, ça fait partie de notre patrimoine, c’est ce qu’on hérite des cités. Une façon de vivre, de voir les choses, différente. C’est mal, ça?»
Le linguiste Alain Bentolila pense que oui. Ce jargon serait d’une absolue pauvreté, une prison pour ces jeunes en rupture avec le français. Jean-Pierre Goudaillier tient lui ce «français contemporain des cités pour une langue existentielle, où dépression et précarité riment avec expression et créativité». Cédric le dit autrement: «On est trop humain.» Il a 22 ans, il a grandi dans le quartier du Bois-Sauvage à Evry. Depuis plus d’un an, avec Franck, Imane, Cindy, Marie, Alhousseynou, Kandé, Boudia et Dalla, il travaille à l’élaboration d’un lexique des mots de la banlieue qu’ils voudraient éditer à la rentrée. Et dans le souci de voir reconnaître ce langage qui «est un plus», ils se découvrent le goût de l’écriture, un plaisir inédit à fouiller dans le dictionnaire, à reconstituer l’histoire de ces mots dont leurs bouches sont pleines. Exemple: «Y a d’la cuisse»,pour dire qu’il se trouve quelques filles charmantes dans la place, est une expression reprise à ces temps où les seigneurs exerçaient sur les femmes un droit de cuissage.
Ils aiment que leurs expressions trouvent racine dans d’autres époques, qu’elles mêlent leurs origines arabes, africaines ou gitanes. Des mots qui leur appartiennent, et les racontent comme ils sont. Alors, ces jeunes-là risquent de cheeper (aspirer doucement sa salive dans un léger sifflement, pour signifier l’agacement, prévenir son interlocuteur que la colère monte) encore et souvent, si on les accuse de ne pas parler français, quand ils disent leurs maux comme ils les pensent. «On n’est pas des animaux, on parle comme ça, voilà, ça existe, et il faut aller à la découverte de notre culture», insiste Cédric.
Seulement la tchatche des banlieues fait peur à qui ne la pratique pas. Parce qu’on peut «la trouver extrêmement violente», avoue un professeur de français, qui exerce à Clichy-sous-Bois. Il a mis six ans à « apprivoiser ce langage, qu’il comprend maintenant comme l’expression d’une violence subie». Si l’enseignant voit des aspects positifs dans «un vocabulaire fleuri, une reconstruction langagière permanente», il refuse «systématiquement cette façon de parler en classe». Parce que ce n’est pas là sa place, parce qu’il la trouve pauvre aussi, parce qu’elle refuse la nuance. En vérité, les mots se bousculent et ne manquent jamais. Ainsi, le mot pince désigne-t-il un radin, certes, mais qui le sera toujours moins que celui accusé d’être une pince-monseigneur. «Et celui qui ne partagerait même pas un gobelet en plastique cassé pour boire, c’est une grue», précise Alhousseynou. Et les filles, elles, voient bien la nuance entre un mec tranquille qui les ambiancent, et un relou qui les angoissent. Quant à celui qui se fait carotter (arnaquer, carna), il s’en sort toujours mieux que l’autre, qui s’est fait mettre une courgette (entubé) ou pis… un chou (entubé grave cette fois).
Alors, c’est Marcela, de l’association Permis de Vivre la Ville (2), qui le dit: «On ne peut pas, on ne doit pas opposer le langage de la rue à celui de l’école. Par contre, on peut se poser la question aujourd’hui de la difficulté de transmettre le français en tant que langue écrite aux enfants des quartiers.» Elle voudrait que tout le monde comprenne que le parler de ces jeunes qu’elle encadre, s’il ressemble à un symptôme de l’échec scolaire, «n’en est surtout pas la cause». Plutôt un refuge, une manière de résister à cette condition définitive d’enfants à l’avenir tout tracé: «On oriente trop facilement ces enfants vers des filières manuelles, on ne les attend pas là où ils pourraient surprendre… L’école ne cultive pas assez pour eux le goût de la lecture et de l’écriture.»
Samba Sarré est le père d’Alhousseynou. Ce Sénégalais arrivé en France en 1988, qui parle un français soutenu, qui n’écorche jamais un mot, pense que «cette langue des cités est un registre supplémentaire pour nos jeunes». Il dit: «Ce langage est une richesse, parce que, plus spontané, il entraîne nos enfants à exprimer leur sensibilité librement. Ils sont ainsi en dehors des normes académiques, et c’est le chemin de la poésie, vous savez. Il faudrait qu’ils osent passer dans le cadre écrit. Leurs mots sont comme des idéogrammes, leur sens n’est pas fixé, il change en fonction des circonstances et des interlocuteurs.» Pas de souci, la caillera des quartiers sait parler le bon françois, quand elle veut. «Il suffit de changer de disquette, et on se met à causer comme un greffier», explique Cédric. Le blème, c’est moins souvent la parole que le regard des autres: «On nous prend pour ce qu’on n’est pas toujours, des délinquants.» Ou des illettrés. Dans le dictionnaire, il y a un mot pour dire tous les leurs: la diglossie. C’est le fait de pratiquer deux langues, dont l’une est socio-politiquement inférieure à l’autre.

 

Par Elsa Vigoureux - Publié dans : La vie d'un cool
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